5. Ébauches d'une éthique planétaire
Mes principes
fondamentaux vis-à-vis de moi-même
0. Grain de poussière pensante
minuscule, conscient d’exister un ridicule instant sur une planète minable
perdue dans un univers immense et de pouvoir utiliser cet instant infime pour
embrasser de mon regard myope cet univers infini [46,6 milliards
d’années-lumière: à multiplier par 10 000 milliards pour obtenir les
kilomètres!], de me l’approprier au moyen d’une pensée affutée mais vascillante
et de contribuer peut-être par là à ajouter un postillon de spiritualité à
notre univers chaotique,
1. Je me réjouis des privilèges rarissime que j’ai:
• de vivre sur la
Terre en compagnie de sept milliards d’autres poussières humaines comme
moi : aucun autre conglomérat d’êtres pensants et aucune autre terre
habitée par des êtres pensants n’ont encore été détectés dans l’univers ;
• de pouvoir
percevoir, connaître et admirer, avec les humains, grâce à eux et pour eux, cet
univers mystérieux et glacial parsemé de milliards d’incandescences aveuglantes
et brûlantes et de béances invisibles et voraces; cette Terre splendide de mers
et océans, de plaines et de montagnes, de forets, de déserts et de
banquises ; et cette humanité aimante, généreuse, intelligente, créatrice,
de cultivateurs, travailleurs, ouvriers, ingénieurs, commerçants, artisans,
artistes, musiciens, chercheurs, médecins, penseurs et autre acteurs
indispensables de l’aventure humaine ;
• de m’interroger
sur les insolubles questions « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ?
Où allons-nous ? »
2. Mais je suis également
horrifié par les contraintes de la condition humaine, la brièveté de la vie,
l’imperfection de cette humanité, dont je suis membre et qui n’a pas encore
appris à distinguer le bien du mal :
• qui n'a pas appris
à se départager la Terre et les biens qu’elle nous dispense et à cesser de
s’entr’exterminer pour se les approprier ou, pire, pour s’approprier une
domination criminelle sur ceux qui ne pensent pas comme nous ou qui nous gênent
— d’où les guerres fratricides, les massacres, les crimes et exactions
horribles dont le chapelet interminable constitue 99 % de l’histoire humaine et
n’est pas près de s’interrompre ;
• qui n'a pas appris
à protéger la Terre des effets désastreux de nos incuries, vandalismes et
autres actes déraisonnables — d’où le réchauffement climatique, la pollution
des airs, des eaux et des terres ; la destruction de la diversité
biologique ; les déclenchements accidentels de catastrophes
environnementales ; les épidémies d’infеctions inopinées sorties des
laboratoires bactériologiques ;
• qui n'a pas appris
à surmonter sa bêtise, ses ignorances, ses préjugés, ses superstitions, ses
égoïsmes, ses intolérences, ses haines et ses démences ;
et qui, bon gré mal gré,
conduit l’humanité (le seul paradis de vie et pensée consciente, de culture et
d’art, de bonté, générosité et amour que nous connaissions — en dépit des tares
et carences qui le transforment en enfer) à sa dégradation et à sa disparition
totales et irrémédiables, subites ou graduelles, mais imminentes — d’ici
quelques décennies tout au plus.
3. Coincé comme je le suis
entre mes privilèges et mes contraintes et obligé de choisir entre mes
allégeances morales et matérielles envers moi-même, ma famille, mon éthnie, ma
région, ma religion, mon pays, leurs lois et coutumes, ma culture, mes
convictions, l’avenir de l’ensemble de l’humanité ; obligé de prendre
position sur les problèmes auxquels chacune de ces entités doit faire face et
sur la façon dont elle leur fait réellement face ; faute d’avoir trouvé de
religion, de philosophie, de doctrine toute faite qui « marche »,
dont je puisse affirmer qu’elle répond à toutes mes interrogations et est
susceptible de convaincre et pacifier tout le monde, et faute de vouloir
adhérer aveuglément à une des centaines de doctrines existantes qu’on me
recommande, mais dans lesquelles je ne me reconnais pas, je suis placé devant
la nécessité :
Parties visible et cachée de la conscience
humaine
a) de décider a
priori, en me basant sur mon expérience antérieure, mes opinions et savoirs
actuels et, bien entendu, sur les inclinations, penchants, capacités, talents
et/ou vocations que je possède et dont j’ai conscience :
• quelles règles
morales de comportement je me sens obligé de m’imposer à moi-même en toutes
circonstances pour être en paix avec ma conscience et mériter le respect des
gens que je respecte et admire ; et
• quelles
règles morales de comportement j’aimerais que s’imposent à eux-mêmes tous mes
compatriotes terriens, les enfants de la Terre et du Soleil, pour que je vive
en paix avec eux, sans les craindre, sans les haïr, en les respectant, en les
aimant et en œuvrant de concert avec eux pour sauver notre belle planète du
terrible sort auquel, dans notre inconscience, notre égoïsme, notre ignorance,
nous sommes sur le point de la condamner ; pour apprendre à transformer
les brefs instants de nos vies en ce lieu fantastique en instants de création,
d’amour, d’émerveillement, de bonheur et d’extase et à quitter ce bercail, ce berceau
sans lancer d’imprécations à ceux qui les auraient transformés en
d’interminables et insupportables tortures...
(inachevé)
Ma conscience planétaire
(d'après EM LaM II, p. 2378-2379, 2382)
NB. Ceci n'est qu'un exemple avant
tout stylistique. La substance est en grande partie pure conjecture.
1. J’ai conscience de l’identité humaine commune que je partage avec
tous les humains de la planète malgré et à travers toutes les diversités
d’individualité, de culture, de langue, de race etc.
2. J’ai conscience de la communauté de destin/d’origine/de perdition de
la Terre qui ne nie pas les solidarités autres que planétaires et ne tend
nullement à me déraciner hors de ma culture mais lie, y compris dans ma vie
quotidienne, mon destin humain à celui de la planète et des autres humains et
organismes vivants qui l'habitent.
3. J'ai conscience que notre condition terrienne dépend de notre
relation écologique vitale avec la biosphère. La Terre est une totalité
complexe physique-biologique-anthropologique : la Vie est une émergence de
l’histoire de la Terre et l’homme une émergence de l’histoire de la vie. L'être
humain, à la fois naturel et culturel-pensant-conscient, doit se ressourcer
dans la nature vivante et physique. Et, partant, la cultiver, la ressourcer et
la protéger.
4. J’ai conscience que les relations entre humains se fondent sur la
solidarité et la compréhension et sont ravagées par les incompréhensions. Je
dois donc m’éduquer à la solidarité et à la compréhension non seulement avec
mes proches et voisins, mais aussi avec les étrangers et lointains de notre
planète. Et veiller à notre développement psychique, moral et spirituel à tous.
5. J'ai conscience que la Terre pourrait être la seule planète habitée
du monde et, partant, sa seule source de vie et d'esprit. Sachant que l'humanité,
pas plus que le Système solaire, n'est éternelle, j'ai conscience qu'elle devra
un jour, si elle survit, migrer, ou disparaître, à moins qu'elle ne découvre un
moyen inédit de transmettre le flambeau de la conscience à un autre univers.
D'autant plus tragique pour le monde serait sa destruction anticipée par des
conflits intestins.
6. J'ai conscience que la planète exige d'être gouvernée de façon
pondérée et réfléchie, d'une part, à partir de deux pôles interactifs : la base
démocratique, source d'initiatives et d'idées, et la cîme aristocratique,
composée de séniors émérites, source de sagesse et d'expérience ; et d'autre
part, en coordination symbiotique avec la faculté éco-organisatrice de la
nature.
7. J’ai conscience de mon civisme planétaire, c’est-à-dire de la
priorité de ma qualité de citoyen de la Terre par rapport à mes autres
allégeances, j'ai conscience de ma responsabilité et de ma solidarité vis-à-vis
de tous les autres enfants de la Terre ; ce qui ne m'interdit pas d'être
soldaire de ma région, de mon pays, de mon éthnie...
8. J’ai conscience de devoir transmettre l’éthique de la responsabilité
et de la solidarité aux générations futures via mes descendants et ceux des
autres humains. J’ai donc besoin d’une conscience visant haut et loin dans
l’espace et le temps.
9. J'ai conscience de la nécessité, pour que l'humanité puisse
s'accomplir et se civiliser, de surmonter l'immaturité des États-nations, des
esprits et des consciences pollués par la barbarie et la démence générique.
J'ai donc besoin d'une conscience purifiée et hypersensible aux risques de
dérives nationales, éthniques, religieuses...
Mes libertés et mes
contraintes
de citoyen du monde
1. Je suis héritier d’un
patrimoine biologique et génétique, mais aussi physique, voire cosmique, reçu de mes
parents et aïeux, mais remontant aux origines de l’espèce humaine, aux origines
du monde animal, aux origines de la vie terrestre, aux origines de la Terre, du
Système solaire, de notre Galaxie et de notre Univers. Il fait partie de mon
être et je n'en veux pas changer même si je le pouvais.
2. Il n’a pas dépendu de moi
de choisir ma planète, les lieu et temps de mon émergence au monde, et je
n’y puis rien changer, mais il dépend de moi ou de les assumer, ou de les
subir, voire de les ignorer.
3. Je suis héritier d’un
patrimoine écologique, géographique, climatique, atmosphérique, océanique, géologique, d'un patrimoine zoologique, végétal, bactériel et viral, d'un patrimoine local, régional, zonal, continental et planétaire, d'un patrimoine agricole ou industriel, rural ou urbain, qui me sert de
milieu naturel et me permet de vivre, mais que je partage avec d'autres
Terriens.
4. Il n’a pas dépendu de moi
de choisir mon patrimoine géographique et écologique, mais il dépend
partiellement de moi de m'en féliciter ou de m'en plaindre, d’en changer en
migrant ou de l'améliorer pour y résider, de le sauvegarder s'il m'enchante — là
où je suis et là où je vais. Mais honte à moi si je le dégrade volontairement,
voire involontairement, par ignorance ou indifférence.
5. Je dispose d’un corps vulnérable et
mortel, doué de capacités physiques, mais aussi de besoins vitaux et de désirs
— voire de tares congénitales, réparables ou non —, d'un corps susceptible de
souffrir, qu’il m’est loisible de soigner, entraîner, développer au prix d’un
travail opiniâtre, ou de laisser se dégrader naturellement.
6. Il n’a pas dépendu de moi de choisir mon patrimoine physiologique, biologique et génétique et je n’y puis
presque rien changer, l’usage que j’en fais dépend pour beaucoup des
conditionnements dont j'ai hérité ou que j'ai subis alors que mon esprit ne
s’était pas encore consolidé, il dépend aussi des circonstances et aléas
favorables et défavorables de mon existence. Cependant, j'ai partiellement le
pouvoir d'en développer des aspects positifs et d'en neutraliser des aspects
négatifs. Mais honte à moi, si je le fais au prix de la souffrance d'autrui.
7. Je dispose d’un cerveau/esprit lucide et
faillible, doué de capacités mentales illimitées mais négligées, d’une
conscience affective et morale, d’une conscience cognitive et rationnelle,
d’une intuition et d'une intelligence, toutes susceptibles de faillir et de
souffrir, et je dispose de dons et talents artistiques qu’il m’est loisible, au
prix d’un travail opiniâtre, de soigner, entraîner, développer, ou de laisser
se dégrader naturellement. Mais honte à moi si je les utilise au détriment de
mes semblables.
8. Je suis héritier d’un
patrimoine linguistique, d’une culture, d’une religion, de convictions, de stéréotypes de comportement,
de savoirs et d’acquis qu’on m’a inculqués dans mon enfance et ma jeunesse
sans que les aies choisis, sans parfois que je m'en rende compte, dont je suis
mauvais juge et qui me servent de principaux moyens de communication et
d’action dans mon milieu naturel et social. Libre à moi, lorsque c'est
possible, si j'en ai conscience et si j'en suis capable, d'en accepter, d'en
remettre en question ou d'en rejeter des éléments selon qu'ils me paraissent
vrais ou faux, bons ou mauvais. Mais malheur à moi si je les rejette ou les
accepte en bloc, ou si je cherche délibérément à combattre les bons et les
vrais et à promouvoir les mauvais et les faux.
9. Il n’a pas dépendu de moi de choisir mon patrimoine linguistique, mais il a dépendu
en partie de moi de l’étendre à plusieurs langues et de l’enrichir — facilement
dès l’enfance et plus difficilement à l’âge adulte. Il n’a pas dépendu de moi de
choisir mon patrimoine culturel initial, mais à partir de la
naissance en moi d’un esprit critique et jusqu’à l’extinction en moi du feu
sacré, je puis en changer ou l’enrichir — grâce à l’éducation et à
l’autodidaxie, grâce également à une intériorisation des entités culturelles
anciennes et/ou nouvelles qui me manquent encore et au moyen d’une
introspection permanente impitoyable de mes normes, paradigmes, jugements et
stéréotypes culturels, religieux, politiques, philosophiques, cognitifs,
comportementaux assimilés antérieurement de façon acritique
10. Je suis héritier d'une condition (et partant d'un conditionnement) materielle,
sociale et politique en tant que membre de nombreux groupes sociaux,
depuis ma famille, mon clan et ma tribu, en passant par ma caste, ma classe et
jusqu'à mon ethnie et ma nation ; je suis héritier aussi d'une religion, membre d'une congrégation, autres conditions acquises, sauf
accident, du fait de ma naissance ; adolescent, je reçois une éducation,
adulte, j'hérite d'une profession, je deviens membre d'un corps
de métier, etc. et j'hérite en même temps de traditions, de croyances et de savoirs qui s'y
rattachent... (Il n'est plus possible à partir d'ici de suivre ou d'embrasser
du regard toutes les voies que le JE collectif ici figuré est susceptible
d'emprunter et qui feront de lui un paria ou un multimilliardaire, un rebelle
ou un prix Nobel. Parce que cet héritage-là relève déjà à 99 % de la complexité
et du chaos de la condition humaine...) Quoi qu'il en soit...
11. Il n’a pas dépendu de moi
de choisir, en naissant, les conditions initiales (matérielles,
sociales, politiques ; la classe, caste, congrégation, corporation, nation, famille, le clan etc.) dont je suis
héritier du seul fait de ma naissance. Mais malheur à moi si je n'ai pas la liberté d'accepter ou
de rejeter partiellement ou totalement cet héritage, d'en assumer ou d'en subir
délibérément les contraintes et les conséquences.
12. Malgré les contraintes
découlant du fait même de ma qualité d'être humain, je suis né libre d'être libre ou de
ne l'être pas. Libre de mes opinions, de mes actes et de mes choix, lorsqu'ils
visent à promouvoir les mêmes libertés pour autrui. Mais contraint à
les condamner, lorsqu'ils visent à lui imposer la contrainte.
Photos empruntées au diaporama
anonyme « Bleue Beauté »
Pieter Bruegel l'Aîné. La Tour
de Babel (1563)
Mes devoirs
vis-à-vis de mes semblables
(mon
dodécalogue)
1. Je ne tuerai pas,
n’exécuterai pas, ne mettrai pas à mort ; je ne ferai ni ne laisserai
mourir de faim, de soif, de maladie, dе blessures et mauvais traitements.
2. Je ne torturerai pas ; je
n’infligerai ni blessures, ni mauvais traitement cruel, inhumain ou dégradant.
3. Je ne violerai pas. Je
n’abuserai en aucune façon du corps d'autrui.
4. Je ne réduirai pas à l’esclavage
et à la servitude, ni n’exploiterai sans juste compensation le travail
d’autrui.
5. Je ne m’approprierai sous
aucune forme et en aucune façon les biens appartenant de droit à autrui,
individu ou collectif.
6. Je ne calomnierai pas ; je
n’injurierai pas ; je ne porterai
atteinte à l’honneur, l’intégrité et la dignité de personne ; je
m’abstiendrai de dénigrer sans preuve ou de dénoncer et condamner sans
certitude ; je me tairai s’il le faut pour ne pas blesser ni trahir.
7. Je ne mentirai pas, je ne
tromperai pas ; je confesserai et réparerai mes propres torts, erreurs et
manquements.
8. Je défendrai, soutiendrai,
conforterai, rassurerai, secourrai, assisterai, soignerai, consolerai,
aiderai de mon mieux :
• les victimes de
malheurs et adversités, de crimes, mauvais traitements, blessures, lésions ou
maladies corporelles, les handicappés physiques et mentaux, les invalides,
• les victimes de
blessures morales et d’atteintes à leur dignité et à leur honneur de femmes,
d’hommes, d’enfants, d’êtres humains, indépendamment des motifs et en premier
lieu si les motifs sont idéologiques, racistes, xénonophobes, religiophobes,
sexistes et prônent l’exclusion,
• les victimes de
calomnies et de persécutions injustes.
9. J’accueillerai sous mon
toit quiconque me demandera asile.
10. Je respecterai les lois et
les règles en vigueur là où je réside et où je suis actif, mais combattrai par
tous les moyens légaux disponibles
et refuserai d’obéir à celles d’entre elles et à tous ordres qui
m’obligeraient à enfreindre les principes que je me suis imposés.
11. Je condamnerai toute
doctrine prônant des principes incompatibles avec ceux que j’énonce ici.
12. Aucune loi humaine ou
divine, sauf la légitime défense de moi-même et de tiers agressés, ne m’obligera
à enfreindre les cinq premières principes et approuver le recours à la force et
à la violence dans les rapports entre humains.
Hiroshima, 6 août 1945




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